La fusée de Tintin

La fusée de Tintin

« Allo, allô, ici la Terre… l’usée lunaire, répondez… Allô ? Allô ? » « Mon Dieu, si nous avions commis une erreur dans nos calculs !… Ce serait épouvantable !» À la page 1 de Pallium On a marché sur la Lune apparaît le véhicule spécial, quadrillé de rouge et de blanc, qui, dès 1954, transporterait le premier homme qui marcherait sur la Lune, Tintin. Celui que le général de Gaulle considérait comme son seul rival était accompagné de l’inventeur de la fusée et du compresseur portatif, le professeur Tournesol, bien-entendant pour l’occasion, île Milou en grande forme, d’un capitaine Haddock très spatialement porté sur la bouteille, des deux Dupondt, épithétés pour l’occasion « crèmes d’emplâtres à la graisse de hérisson et Vercingétorix de carnaval», et du pauvre Wolff. Apparaissait en passager clandestin l’ancien aide de camp de Muskar IV déjà rencontré dans le Sceptre d’Ottokar.

Célére puisqu’il ne mettait que quatre heures et vingt-cinq pages pour atteindre l’astre convoité, le sculptural vaisseau permit tout de même au héros national de déclamer quelques belles et prémonitoires phrases lors de son alunissage : « (. »c’est,,, comment vous le décrire, un paysage de mort, effrayant de désolation… Pas un arbre, pas une fleur, pas un brin d’herbe… Pas un oiseau, pas un bruit, pas un nuage… » Devenue sculpture, objet d’art, la fusée en bois orne quelques dizaines de milliers d’intérieurs de Tintinophiles, les plus aisés se seront procurés le grand modèle, d’une hauteur de 1 14 cm ; les plus modestes, celui de 37 cm. Les autres auront opté pour l’intermédiaire, 62 cm. C’est un artisan savoyard, Michel Aroutcheff, qui permet cette volumineuse résurrection, à placer aux côtés de l’Amilcar des Cigares du Pharaon, de la Packard de l ’Oreille cassée, de la Lincoln 1938 des 7 Boules de cristal ou de la Ford T de Tintin au Congo. Le musée ainsi stylisé est à verser au dossier déjà imposant des fétiches et amulettes de la Tintinolâtrie. Plumiers, porte-photos, lampes, miroirs, boîtes à musique, fétiche Arumbaya, bustes, potiches, théières, bustes, draps, portemanteaux, serviettes en papier, tapis, bagages, charentaises, ceintures, cravates, casquettes, montres et réveils, toute cette jolie quincaillerie a bien entendu reçu l’imprimatur de la société Moulinsart, qui détient les droits dérivés de l’œuvre d’Hergé pour le monde entier. Mille milliards de mille sabords !