La cabine de bain

La cabine de bain

Le tenancier de cabine de plage a, depuis toujours, eu tendance à se considérer comme un être à part. Et si le fait de travailler près de dix-neuf heures par jour par tous les temps, dans le sable et le vent, et d’en tirer jusqu’il y a peu un certain profit est une manière de se singulariser, alors cette confrérie héréditaire est véritablement originale. Si originale que ses membres, forts de leur devise «L ’union fait la force», utile dans les moments durs que devait représenter l’antique traction de leurs roulants abris, convolent entre eux en justes noces. Les Ponjaert s’allient aux Preem, les De Kerk fréquentent les De Priest, etc.

En 1778 apparurent les premières cabines sur la plage de Blankenberge. Destinées à protéger du vent les sergents de ville chargés de la bonne marche de la plage, elles furent bientôt adoptées par d’aventureux baigneurs soucieux de préserver leur invisibilité. Et dès 1784 Ostende copia le système, chargeant les chevaux de la pénible tâche de traction, toujours dévolue aux Blankenbergeois. Disputant la plage aux bateaux de pêche, les touristes nouveau-nés ont pris goût à l’hydrothérapie, qui, il faut bien l’avouer, se raproche souvent de la cryothérapie. Organisés en syndicat, les tenanciers de petits réduits à roulettes se voient allouer chaque année par tirage au sort des lots de plage de 16 à 18 mètres qu’ils peuvent exploiter à leur guise et suivant un règlement strict. Leur échoit également l’entretien de la portion ainsi que par exemple les dispositions à prendre en cas de tempête. 141 cabines et 254 tentes font aujourd’hui partie du patrimoine de Blankenberge sur lesquelles apparaissent des prénoms, Henry ou Annette, Frans ou Valentine, aidant ainsi les locataires à retrouver leurs petits homes. Ce commerce, principalement tenu par des femmes, est moins florissant que naguère mais reste tout de même l’apanage de cette ancestrale société. Il faut être dans le bain pour rester dans la dune.