Le marbre noir de Mazy

Le marbre noir de Mazy

En théorie, quand un marbre a de la veine, cela signifie le plus souvent qu’il a de la chance. Il en est un qui n’en manque pas mais qui n’a pas de veine. C’est sa qualité, sa funeste spécificité. À Gembloux-sur-Orneau, province de Namur, les plombiers de Gembloux et les marbriers ont depuis longtemps des idées noires. Noir uniforme, noir commun, noir inférieur, noir fin, tout ce qui sort de la terre à cet endroit précis, et déjà au xv° siècle, est noir de jais. À cette époque, les Indes raffolent de cette parfaite anomalie, et le hameau du Mazy est célèbre à travers le monde. De gigantesques blocs de colonnes de près de cinq mètres de hauteur ornent peut-être encore des palais laissés à la garde de singes bienveillants.

La vogue durera jusqu’aux années vingt. Marbres d’escaliers, dalles de pavement se devaient de venir des berges de l’Orneau.

10 000 tonnes sont alors extraites des carrières à ciel ouvert puis dans les galeries souterraines, « osées » au dire des spécialistes en 1850, par M.J. tienne. Les curieux et les marmologues pourront se rendre à l’église saint-loup de Namur pour y admirer le marbre noir qui s’y trouve, travaillé en 1650 par les Duchesne. Les seconds pourront expliquer aux premiers qu’il s’agit bien là de calcaire en bancs d’origine biochimique formé d’une vase calcaire mêlée de matière organique sapropélienne, réduite à un état carboné qui les colore en noir. Ce qui ne saurait les laisser de marbre.