Le pain aux amandes Destrooper

Le pain aux amandes Destrooper

Il était midi quart et celle que sa maman appelait encore « Filleke » rentrait dîner. Elle aurait préféré emporter un briquet à l’Athénée comme la plupart de ses amies, mais on désirait qu’elle dînât chaud. Au moins, ce soir, pour le souper elle aurait bon avec les tartines. Au plus elle pensait aux chicons et à la fricassée qui l’attendaient, au plus elle songeait à poigner dans le brol de son calepin.

L’idée même de la maquée qui clorait le tout la rendait nâreuse. Il faisait triste, il allait sûrement dracher. Pour le moment il tombait plic-ploc une goutte qui spi- tait de temps en temps. Elle était fort gourmande et dépensait tout son dimanche en gosettes, drops, tartes aux coings, cramiques, babeluttes, bâtons de chocolat, couques, caraques, cennes ou cuberdons. Il y en avait toujours là, apaisants agayons, au milieu d’une ou deux cartes-vues en souvenir de la ducasse et de quelques fardes, uniquement placées là pour donner le change. Pendant que les autres enfants ne songeaient qu’à jouer à la chasse sur la rue, élever leur hamster – « Viens avec ! » lui criaient- ils – elle savait rester tout un temps à la vitrine d’un pâtissier à contempler ces trésors qui lui goûtaient tant, rien qu’à la vue.

Mais ce qui lui plaisait le plus, tant par leur joli emballage bleu et blanc rempli de médailles que par leur goût délicieux, c’était les pains aux amandes marqués Jules Destrooper. Sa grand- mère, celle qui passait si souvent la loque ou le mop sur le balatum, lui avait une fois raconté que Jules Destrooper avait fabriqué ces galettes au beurre et aux œufs frais pour donner en cadeau à ses clients dans son magasin d’articles coloniaux. Il faut bien avouer que les Destrooper, fabricants de bonnes galettes de père en fils depuis 1886, ne lésinent pas sur les bons produits, négligeant les additifs et colorants dont raffolent les concurrents. Ils sont pour cela, et depuis les débuts, nantis de médailles des foires internationales.

L’usine de Lo-Reninge, au cœur des polders de la Flandre-Occidentale, s’est aujourd’hui modernisée autour de la recette centenaire. Tout cela, la petite fille ne le sait peut-être pas. Ce qu’elle sait c’est qu’elle doit se dépêcher, sinon, crac dedans !, elle se fera berdeller.