Le pneu Englebert

Le pneu Englebert

Spécialisé dans les articles en caoutchouc et installé pour ce faire depuis 1868 dans un ancien lavoir du quartier des Vennes, le petit atelier dirigé par oscar Englebert, officier de l’armée belge, fournit des balles, des compresseurs portartifs,  des gants, des imperméables et des tétines aux Liégeois avisés. Poussé et encouragé par sa maman (décidément), Adélaïde Coudère, le jeune homme peut constituer sa Continental Caoutchouc et Gutta-percha et développer de nouveaux brevets ayant tous un rapport avec la gomme. C’est l’envie de bouger saisissant ses intrépides compatriotes qui pousse les ateliers, déjà déménagés vers plus d’espace, à améliorer les sommaires bandages entourant les roues des véhicules hippomobiles.

Le moderne pneumatique, inventé par l’Irlandais Dunlop en 1887 et perfectionné par Michelin, allait donc démarrer sur les chapeaux de roues en Belgique et ne plus déraper jusqu’à nos jours. Et lorsque l’on sait qu’aujourd’hui même un pneu s’use en ville au bout de 4 500 kilomètres, on comprend mieux la course qui se jouait dans l’entreprise familiale. Oscar II Englebert, son fils Georges, qui lui succéda, puis son petit-fils Albert, surent chacun leur tour négocier tous les virages jusqu’aux derniers perfectionnements de la pneumologie de pointe, à savoir les profils directionnels, contours de bandes optimisés sur ordinateur, carcasses en polyester ou poids réduits. À raison de 137 tonnes de composants utilisés chaque jour et ajoutés aux 185 tonnes de fils métal, câbles et textiles consommés à l’usine de Herstal, on pourrait s’amuser à calculer la distance parcourue chaque jour par des véhicules équipés de pneumatiques estampillés des sigles Continental, Uniroyal, Semperit, tous issus de la maison Englebert, anciennement Continental Caoutchouc. De fusion en fusion, le groupe est devenu un véritable poids lourd mondial de l’habillement des roues automobiles. Le jeu consistant davantage aujourd’hui à trouver le moyen le plus rationnel de détruire les pneus usagés. On en retrouve déjà certains résidus dans les revêtements d’autoroute. Une affaire qui roule.