Le saxophone

Le saxophone

Naturellement le saxophone est un instrument assez faux. Certains « refusent » l’air dans les graves. Les mains plus ou moins grandes des joueurs auront parfois du mal à s’adapter à une cléterie déjà déterminée. Il faut posséder quelques notions de mécanique pour pouvoir entretenu l’ustensile. Et ses quelque Mois cents pièces détachées à assembler, à tourner, à chanfreiner, agrafer, braser, emboutir, aplanir, assembler n’en font certes pas un instrument bon marché. Il n’en reste pas moins, pour mettre un bémol à ces désagréments, que le saxophone est un instrument magique, multiple (il en existe sept différents qui pourraient même former un orchestre entier), vibrant, chaud et sensuel, les saxos logues le savent bien. Ses possibilités sont telles qu’il fallut inventer de nouveaux mots pour les qualifier : à lui et à lui seul le slap, le flip, le shake, le fall-off, le growl, les notes-fantômes, le bend, les bruits blancs et autres sons-à-l ’envers.

Antoine-Joseph Sax, dit Adolphe, avait de l’oreille mais surtout du nez. Il eut une vie aussi agitée qu’une partition de Luciano Mono. Cinq fois père sans être jamais marié, mis plusieurs fois en faillite, il mourut ruiné après avoir vu fermer sa classe au conservatoire. Il laissa pourtant cette mélodieuse intervention et près de cinquante autres brevets. Né en 1814 à Dinant, ville vouée au cuivre depuis près de cinq cents ans, il avait ouvert un atelier à Paris en 1842 d’où sortaient des milliers d’instruments en cuivre. L’acousticien bricoleur et passionné y mettait sans arrêt au point de nouvelles trouvailles allant de la flûte de Pan à coulisse au saxhorn, du saxotromba au saxtuba en passant par un sifflet de locomotive qui alla grand train pendant près d’un siècle.

Mais son plus grand succès, sa symphonie héroïque, fut la mise au point de ce qu’il nomma tout d’abord saxophone, montré et entendu pour la première fois en 1841 à la première exposition de l’Industrie Belge puis imposé dans les régiments d’infanterie en 1845. Le brevet plutôt laconique de « système d’instrument à vent » ne fut déposé qu’en 1846. Et ni Bechet, ni Getz, ni Rollins, ni Parker, ni Mulligan, ni Coltrane ni même Bill Clinton n’auraient nié ou ne nieraient qu’un art nouveau venait de naître.