L’eau de Spa

L’eau de Spa

 

Qui désirerait se jeter à l’eau et plonger dans l’historique des sources de Spa, Ardenne, devrai ! sans doute se munir d’un dictionnaire pour y puiser les termes pouhon, taque, mojette, clissée, apode, patard ou styptique. Pline l’Ancien avait déjà i opéré dans ce coin-là une « fontaine fameuse dans laquelle pétillent des bulles ». Le nom de Spa, provenant sans doute du latin spargere, surgir, est même devenu commun dans les pays anglo-saxons, où il désigne aussi bien une eau minérale qu’une source thermale ou encore un bain bouillonnant. Saint Remacle, évêque et apôtre de l’Ardenne sauvage, contribua au renom des sources en y instaurant le tourisme fertile : l’apposition du pied de la femme stérile dans la trace de celui du saint guérissait à coup sûr cette dernière.

Les sources, ou pouhons, donnaient une eau légère et faiblement minéralisée, parmi les premières à être commercialisées en Europe. Précieuse, une bouteille d’eau de Spa valait au XVI siècle de 4 à 5 patards, soit l’équivalent du double d’un gros pain de sept livres, elle était acheminée par porteur jusque fort loin. Au XVIII siècle de vrais marchands expédient désormais les bouteilles clissées (tressées d’osier) et apodes (sans pied, pour le transport) dans toute l’Europe. C’est la fin du XVIII révolutionné et le XIX hygiéniste qui virent l’apogée de la petite station devenue le rendez-vous obligé du gotha européen. Princes, rois, tsars, écrivains, musiciens viennent s’y abreuver le jour et se récréer au casino ou au théâtre le soir. Seuls les occupants français réussirent à affoler les buveurs d’eau en installant en ville un hôpital vénérien.

Les sources prénommées Claire- fagne, Marie-Henriette, Barisart ou Reine, hommage à la reine Marie-Henriette qui mourut à Spa en 1902, donnaient des eaux aux propriétés et caractéristiques différentes. Aujourd’hui présentées aux fruits, en canette, en verre, avec bulles, sans gaz, regazéifiées, en grande ou en petite bouteille, elles abreuvent la Belgique, les Pays-Bas, le Luxembourg, la Grande-Bretagne, l’Allemagne, les États- Unis et le Japon. La société aujourd’hui internationale montrant une nette prédilection pour les étés caniculaires.